La période électorale est propice aux promesses et aux bonnes résolutions. Il est formidable de voir mentionner tout ce qui va être fait et pourtant en souffrance depuis si longtemps ! Il en est ainsi du référendum. On veut tout à coup donner la parole au peuple souverain sur tout sujet, même les plus complexes. Trancher par oui ou par non des questions qui touchent à l’équilibre d’une société, à sa cohésion, me fait penser à l’époque romaine où il était décidé du sort du gladiateur en levant ou baissant le pouce.
Petit retour en arrière... En juin 2008, une importante réforme constitutionnelle était adoptée qui contenait, notamment, le droit au référendum d’initiative populaire. Souvenons-nous, j’avais à l’époque indiqué, au nom de la CFE-CGC, que nous demanderions une telle consultation sur la loi du 20 août 2008, en particulier sur son titre 2 relatif au temps de travail et à l’élargissement du recours au forfait en jours. Et cela, dès que le Parlement aurait adopté les dispositions relatives à l’organisation d’un tel scrutin. Las, trois ans et demi plus tard, les textes et décrets ne sont toujours pas promulgués !
Cette séquence électorale est l’occasion pour chacun d’écrire sa lettre au Père Noël. En général, en de telles circonstances, on demande beaucoup pour obtenir un peu, sans rien lâcher d’éventuelles concessions de son côté. Le patronat excelle dans ce principe. Il voudrait toujours moins de contraintes, toujours plus d’aides, que l’on travaille plus pour celles et ceux qui ont la chance d’avoir un emploi, que l’on repousse l’âge de départ à la retraite et que le nombre de fonctionnaires diminue plus rapidement. Au chapitre des contreparties légitimes, les engagement patronaux font défaut.
Diminuer les dépenses publiques est un impératif pour alléger le fardeau de la dette et éviter de trop alourdir les prélèvements obligatoires. Encore faut-il redéfinir ce qu’est une mission de service public et qui paye quoi ! Encore faut-il s’accorder sur les économies à réaliser pour ne pas hypothéquer l’avenir et ne pas pénaliser davantage la croissance économique ! Le patronat est-il prêt à abandonner les exonérations de charges qui n’ont pas fait la démonstration de leur impact positif sur l’emploi et l’activité ?
Nous débutons ce vendredi 17 février une négociation nationale interprofessionnelle sur les accords dits de compétitivité-emploi. Elle est essentielle pour définir le cadre et le contexte dans lequel des entreprises ou des branches pourraient se lancer dans de telles négociations. Il ne s’agit pas de laisser les plus faibles soumis à un diktat ou à un chantage. Les salariés ne doivent pas, une fois de plus, subir les conséquences des erreurs de gestion, de stratégie ou l’absence d’investissements pour toujours mieux rémunérer l’actionnaire. Il s’agit de définir des critères économiques et comptables objectifs.
Ces potentiels accords doivent être conclus pour une durée déterminée avec évaluation permanente pour mesurer que tout est en ligne avec les objectifs affichés. Une clause de retour à meilleure fortune doit définir la contrepartie pour les salariés qui ont consenti des efforts. Des engagements précis doivent être pris par l’employeur sur l’emploi, son volume, sa nature, le recours aux heures supplémentaires, aux CDD, à l’intérim, aux stages, à l’apprentissage et les embauches en fonction de l’amélioration de la situation de l’entreprise...
Voilà une négociation intéressante qui peut être un prolongement concret au document sur la compétitivité auquel nous avons largement contribué l’an dernier avec le MEDEF, la CGPME et l’UPA. Voilà une occasion de sortir du climat de défiance. Si chacun y met du sien, il est possible de s’engager dans un processus vertueux pour faire progresser notre économie, l’emploi et la protection sociale. Acceptons-en l’augure !
Bernard Van Craeyenest