Dans une économie mondialisée, le système financier a failli, nos industries et nos travailleurs en sont les premières victimes. L'internationalisation croissante sert principalement les intérêts économiques, sa dimension sociale est le plus souvent occultée. Cette mondialisation, au lieu de créer un lien entre les divers pays du monde, creuse le fossé entre les pays développés et les pays en développement. Le libre échange doit rester un moyen et non une fin et surtout ne pas générer une croissance des inégalités.
Aujourd'hui encore, nos entreprises souffrent d'une inégalité dans l'accès aux marchés étrangers, et de l'absence de réciprocité entre les pays, ce qui nuit considérablement à nos capacités à l'exportation. La crise nous pousse à remettre en question un système financier, auparavant qualifié à tort « d'efficient ».
Du fait de la mondialisation de l'économie, la concurrence s'est accrue, et avec elle la recherche effrénée de la rentabilité et de la profitabilité. L'internationalisation se traduit dans un pays par le libre échange et l'arrivée d'une concurrence plus forte, fréquemment mis en avant pour justifier les délocalisations. La compétitivité sert trop souvent d'alibi aux entreprises pour conduire des adaptations permanentes, pour réorganiser leurs établissements et pour considérer les emplois comme une simple variable d'ajustement. L'attachement à la rentabilité de court terme créatrice de richesse se fait au prix d'une vision de long terme, centrée sur l'activité productive, créatrice de richesse et de valeur ajoutée.
Il faut sortir de cette vision court-termiste qui consiste à préférer l'investissement financier à l'investissement productif. Un haut niveau d'investissement productif permet d'assurer le plein emploi par la croissance, de réduire les inégalités sociales et territoriales et d'améliorer l'attractivité du pays en consolidant sa place dans l'économie mondiale.
Dans notre pays, la reprise de l'activité économique ne peut s'appuyer uniquement sur le secteur des services. Bien que premier employeur, ce secteur reste intimement lié à celui de l'industrie. Rappelons que plus du quart de la production française est industrielle. Une industrie est indispensable et doit être soutenue par une véritable politique industrielle. L'industrie est au cœur de l'activité créatrice de richesse et riche en valeur ajoutée. Ce secteur tire l'ensemble de l'économie. Moins d'industrie, c'est moins de recherche, moins d'innovation, moins d'université, moins de compétences et moins de croissance...
La France doit se doter d'une politique pour l'industrie, de plus en plus coordonnée voire intégrée à une stratégie européenne. Au gouvernement de bâtir une stratégie de long terme en faveur de l'innovation. La recherche et la politique d'appui à l'innovation sont des composantes essentielles de la préparation de l'avenir. Pour la CFE-CGC le soutien à la recherche fondamentale doit être renforcé en définissant des priorités claires. Pour la recherche technologique, il faut mettre en évidence les marchés de haute technologie les plus porteurs. Jusqu'à présent peu intégrées dans le plan de relance, souffrant de difficultés d'accès au crédit et donc au potentiel d'innovation, les PME doivent être fortement impliquées et pouvoir bénéficier des marchés publics. Pour une politique industrielle élargie, un small Business Act français et européen doit accompagner les entreprises à tous les stades de leur développement.
Facteurs essentiels de la compétitivité, la recherche et le développement (R&D) sont indispensables pour assurer à nos entreprises une pérennité.
La CFE-CGC insiste sur la nécessité de développer la recherche et le développement pour préparer l'avenir, et pas seulement pour améliorer l'investissement visant la seule augmentation de la productivité. On peut regretter un manque d'articulation manifeste entre la recherche publique et la recherche privée, entre la recherche fondamentale et la recherche appliquée. Il faut travailler pour transformer la R&D en une innovation technique, tout en valorisant le rôle et les motivations des acteurs de la recherche, ingénieurs, cadres, techniciens...
C'est en augmentant les financements, en revalorisant la profession de chercheur et en établissant de vraies relations recherche-industrie que les pouvoirs publics appuieront une stratégie de R&D. La politique publique doit également soutenir financièrement les entreprises en développement, dont les capitaux sont parfois insuffisants pour assurer une véritable politique de R&D.
Qualifiés de « nouvelle politique industrielle », les pôles de compétitivité ont vocation à mobiliser la capacité d'innovation associant entreprises, centres de recherche et organismes de formation. Cependant, se pose la question de l'insertion de ces pôles dans le développement régional. Leur développement constitue des points forts du territoire. Pour autant, ils ne doivent pas être la cause de déséquilibres territoriaux.
La CFE-CGC rappelle que le lien entre développement régional et innovation est fondamental : « l'enjeu de la compétitivité est de disposer de véritables stratégies régionales d'innovation ». Les entreprises ont besoin de prendre en compte le territoire comme un élément de leur organisation et comme le lien de leurs relations avec tous les acteurs de leur environnement. Un environnement fragilisé économiquement et perturbé socialement reste une menace pour leur fonctionnement et pour tout le territoire. L'implication des territoires est indispensable pour le maintien de l'emploi industriel, certains bassins d'emploi sont concentrés sur une industrie voire une entreprise et n'offrent que peu de possibilités de reclassement. Dans cette perspective, il convient également de développer les réseaux locaux par une politique en faveur des clusters ou des systèmes productifs locaux.
Cette implication des territoires pose à un niveau plus global la question de l'organisation administrative. Il est indispensable de définir « qui fait quoi ? », pour que le citoyen se sente impliquer dans ce partage des compétences. Par ailleurs, la question de la réorganisation de la fiscalité ne doit pas être occultée, on s'interroge « vers quoi voulons-nous aller ? » Le citoyen voit une fiscalité locale qui lui coûte de plus en plus, il a besoin de savoir ce que financent ses différents impôts locaux. La suppression de la clause de la compétence n'est pas l'unique réponse à apporter à la nécessaire clarification des compétences. Il faut ainsi redéfinir ce qui relève de la mission des Etats et des collectivités territoriales et « tordre le cou à un vieux débat : localisation / délocalisation ».
A l'évidence, une entreprise fonctionne avec son capital humain. Les entreprises, de par leur comportement, semblent trop souvent oublier la place de leurs salariés dans le processus de création de valeur ajoutée.
L'engagement des hommes ne doit pas être un marché de dupes. Pour la CFE-CGC, il faut mener des politiques salariales dynamiques et équilibrées remettant en place les conditions de fonctionnement d'un ascenseur social. Dans un secteur soumis à de fortes mutations, il est ainsi indispensable de permettre la sécurisation des parcours professionnels, garantissant au salarié son employabilité. Cette sécurisation passe par le développement de formation, véritable passeport pour l'emploi, permettant au salarié de suivre l'évolution technique, technologique et managériale de l'activité de son entreprise, ou encore par le développement de ses compétences ainsi que la transmission des savoir-faire... La formation professionnelle et la formation continue sont des facteurs clefs pour la réussite de l'entreprise et pour la compétitivité. Tous les salariés, quels que soient leurs niveaux de qualification ou la taille de leurs entreprises, doivent avoir accès à la formation continue et à la formation professionnelle.
Les entreprises, en grande partie contraintes par des enjeux internationaux, doivent à tout prix maintenir un niveau de rentabilité élevé pour rassurer les actionnaires, les marchés boursiers, au prix parfois de la dégradation des conditions de travail des salariés. La financiarisation de l'économie se traduit au niveau de l'entreprise par la présence d'actionnaires dans le capital de l'entreprise, voire par le rachat de l'entreprise par des groupes financiers, le plus souvent ignorants des problématiques d'un industriel ou d'une entreprise spécialisée. L'arrivée de ces nouveaux acteurs dans la vie de l'entreprise n'est pas toujours aisée. De nouvelles normes internationales, symboles d'une internationalisation croissante, contraignent les entreprises. Ainsi les normes IFRS, promues par la Commission européenne, contribuent à privilégier une vision de court terme.
Les salariés se sentent concernés par les mutations économiques de leur environnement et les stratégies de l'entreprise. Capables de comprendre et d'anticiper les évolutions, ils ont leur place au cœur de la stratégie de l'entreprise et ne peuvent être tenus à l'écart ! Dans ce contexte, l'actionnariat salarié et donc la présence des salariés au conseil d'administration prend sens. Cette présence doit s'accompagner de la participation des représentants syndicaux dans le conseil d'administration. Le syndicat CFE-CGC se veut un acteur majeur de ces négociations autour de ces changements, il est nécessaire d'améliorer les conditions de syndicalisation, d'information et de négociation afin de rendre les salariés acteurs du changement.
Les bouleversements économiques et sociaux que nous vivons appellent à une intervention, à la fois pour en limiter les effets, mais aussi pour mettre en œuvre de nouvelles régulations mondiales nous assurant que la finance reste bien au service de l'économie. La finance mondiale doit s'en tenir au rôle qu'elle n'aurait jamais dû quitter, à savoir oxygéner l'économie réelle. Ces défis posés par la mondialisation rappellent la nécessité d'améliorer la gouvernance économique mondiale.
Face aux enjeux économiques et sociaux que posent la nécessaire politique industrielle, la réorganisation administrative ou encore les efforts à mener pour mettre en œuvre une politique de recherche et de développement, les organisations syndicales sont indispensables pour agir, grâce au dialogue social et à la négociation collective, et en améliorant les conditions de travail, directement sur la productivité. Trop longtemps, le rôle des syndicalistes a été méprisé. Rares sont les personnes à savoir que les syndicats sont à l'écoute des salariés, qu'ils sont pour certains conseillers prud'homaux, qu'ils sont également présents au sein de nombreux organismes paritaires (AGIRC, ARRCO, 1 % logement, APEC, CESE, CNAM, CNAV...) ou encore au Grenelle de l'environnement. A présent, il est indispensable de mettre en avant le rôle des organisations syndicales de le valoriser, d'accroître la reconnaissance du fait syndical. Il faut restaurer l'image du syndicalisme ! Cela passe notamment par une présence renforcée sur le terrain, par l'écoute du salarié pour assurer la crédibilité de son organisation syndicale, également par l'offre des services nécessaires.
La CFE-CGC travaille quotidiennement à la défense, à la représentation des salariés, mais également à réconcilier l'entreprise et le salarié.